La nouvelle est un choc pour Winterthour et les employé-e-s de Zimmer Biomet: 580 personnes devraient perdre leur emploi dans les deux ans à venir. Beaucoup d’entre elles ont travaillé pendant des années voire des décennies pour cette entreprise étasunienne dont les racines winterthouroises remontent aux débuts de la technique médicale du groupe Sulzer. Alors que la majeure partie des emplois se voit délocalisée vers des pays à bas coûts, il resterait à Winterthour une entreprise vidée de substance mais juste assez grosse pour que Zimmer Biomet continue à commercialiser ses produits sur le marché mondial sous le label «swiss made».
Ces quatre dernières années déjà, Zimmer Biomet a mené une stratégie conséquente d’augmentation de la valeur pour ses actionnaires par le biais de rachats d’actions à grande échelle et de versements de dividendes. Depuis 2022, l’entreprise a consacré au total près de trois milliards de dollars américains à des dividendes et des rachats d’actions, soit plus que les bénéfices cumulés sur la même période.
Autant de moyens qui auraient été mieux investis dans le personnel, l’innovation, les capacités de production, la recherche médicale ou l’amélioration des conditions de travail. Malgré de telles aberrations, la multinationale se porte comme un charme. Actuellement, seule la politique douanière catastrophique du président étasunien Trump pourrait peser sur son résultat. Ce n’est certainement pas le cas du site de Winterthour ni de ses employé-e-s.
Avec cette suppression d’emplois massive, ce sont pourtant bien les employé-e-s de Winterthour qui sont confrontés à une dure réalité. Ils doivent s’inquiéter pour leur avenir professionnel, leur revenu et la sécurité financière de leurs familles. «580 emplois, ce n’est pas juste une addition de chiffres. Derrière chaque chiffre, il y a une personne. Une personne qui, si cela se trouve, travaille pour Zimmer Biomet depuis des décennies, qui nourrit sa famille et qui contribue au développement de Winterthour. Ce qui est en jeu ici, ce sont des existences et l’avenir, pas seulement les bénéfices d’une multinationale», a dit Serge Gnos, co-secrétaire régional d’Unia Zurich-Schaffhouse.
Unia participe à la procédure de consultation en cours. Il s’agit en premier lieu de faire en sorte que toutes les possibilités de préserver des emplois soient exploitées. C’est du ressort de la direction locale, mais aussi des autorités de Winterthour et du canton de Zurich. On ne peut pas accepter sans broncher une suppression d’emplois massive au sein d’une entreprise industrielle de longue tradition.
Cette suppression d’emplois chez Zimmer Biomet est un nouveau coup dur pour la place industrielle de Winterthour. Encore récemment, Burckhardt Compression a annoncé la suppression d’environ 150 emplois. Pour Unia, cela révèle une évolution préoccupante: les bonnes places de travail industrielles qualifiées sont de plus en plus menacées. La perte de tels emplois ne représente pas seulement un malheur pour les personnes directement concernées; c’est aussi une perte de savoir-faire, d’expérience et de valeur ajoutée industrielle pour la région.
«Nous ne pouvons pas rester les bras croisés face à la désintégration de la production industrielle du canton de Zurich. La question qui se pose maintenant, c’est quelle espèce d’avenir peut avoir l’industrie à Winterthour et dans le reste du canton, et qu’est-ce que les autorités sont prêtes à faire en ce sens», poursuit Serge Gnos. «Nous les mesurerons toutes à cela lors des élections en début d’année prochaine».
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