État d’urgence canicule sur les chantiers: il faut passer de la parole aux actes!

Les épisodes de chaleur de plus en plus intenses exposent les travailleurs de la construction à de graves risques. Une enquête menée auprès d’un millier de maçons révèle un nombre alarmant d’infractions aux mesures de protection. Certes, des discussions sont en cours depuis un certain temps entre les autorités, la Suva, les partenaires sociaux et les responsables politiques concernant l’amélioration des dispositions de protection de la santé lors d’épisodes caniculaires. Il s’agit maintenant de passer de la parole aux actes pour préserver la santé des travailleurs de la construction.

Sur les chantiers, la chaleur extrême n’est pas seulement pénible, elle présente de graves risques pour la santé et la sécurité au travail. La forte chaleur peut causer déshydratation, insolation et coups de chaleur. De plus, d’après la Suva, le risque d’accident sur les chantiers augmente les jours où la température dépasse 30 °C.

Un sondage montre que les mesures de protection ne sont pas mises en œuvre

En vertu de la Loi sur le travail, l’employeur est tenu de protéger la santé des travailleurs sur leur lieu de travail. La Suva a formulé des mesures de protection appropriées pour les périodes de forte chaleur.

En juillet 2026, le syndicat Unia a mené une enquête auprès d’environ 1 000 travailleurs de la construction des différentes régions du pays. On leur a demandé si les consignes de prévention de la Suva étaient respectées sur leur chantier. 

Les résultats sont inquiétants:

  • 85 % des chantiers n’accordent pas de pauses régulières pour se rafraîchir à partir de 33 °C, comme le prévoit la Suva, et les deux tiers d’entre eux n’en prévoient même jamais.
  • Seul un chantier sur trois dispose d’un lieu de pause au frais.
  • L’horaire de travail des deux tiers des travailleurs n’a pas été modifié. Même par 39 °C, la grande majorité travaille toute la journée.
  • 15 % des personnes interrogées ont été victimes d’un malaise sur leur lieu de travail ou ont été témoins d’un malaise subi par un collègue.

«Les mesures de protection ne sont pas respectées dans de nombreux endroits. De plus, les contrôles et les sanctions manquent cruellement. Nous sommes confrontés à une véritable situation d’urgence en matière d’application», commente Nico Lutz, responsable du secteur construction d’Unia.

Autorités, Suva et politiques doivent prendre leurs responsabilités

Depuis 2024, des discussions sont en cours entre les autorités, la Suva, les partenaires sociaux et les responsables politiques en vue d’améliorer les dispositions de protection lors d’épisodes de chaleur extrême. Tout le monde s’accorde à dire que les mesures de protection actuelles sont insuffisantes et qu’il faut des règles claires et contraignantes. Le Conseil national a d’ailleurs déjà adopté une motion qui suspend les peines conventionnelles infligées aux entreprises de construction en cas de retard si elles interrompent le travail en raison d’une chaleur extrême. L’intervention est en suspens au Conseil des États.

Ces développements vont dans le bon sens. Mais il faut davantage que de simples déclarations d’intention. Des exigences de protection claires et contraignantes sont nécessaires:

  • Inscription de la limite des 33 °C dans l’Ordonnance sur les travaux de construction (OTConst): les travaux physiques pénibles en plein air doivent être interrompus dès que la température atteint 33 °C, sauf si une pause de 15 minutes par heure dans un lieu climatisé est possible.
  • Une application efficace de la réglementation: soit la Suva est en mesure de contrôler la mise en œuvre des mesures de protection en cas de chaleur extrême, soit un autre organisme doit être chargé des contrôles.
  • La santé passe avant les délais: le Conseil des États doit enfin adopter la motion sur le report des délais, déjà approuvée par le Conseil national.
  • Les dispositions encadrant l’indemnité en cas d’intempérie doivent être adaptées. Elles conviennent aujourd’hui uniquement aux longues intempéries hivernales et ne sont pas adéquates pour les périodes de canicule.

Les vagues de canicule de cet été sont un signal d’alarme. Il est urgent d’agir. Le syndicat Unia appelle les autorités, la Suva, les partenaires sociaux et les responsables politiques à passer de la parole aux actes. C’est la vie des travailleurs qui construisent notre pays qui est en jeu.