Avancer et non stagner: l’égalité doit enfin être appliquée

Cela fait trente ans que la loi sur l’égalité vise à promouvoir l’égalité de fait entre femmes et hommes dans la vie professionnelle et empêcher les discriminations. Or, la réalité est toute autre. Les femmes sont toujours confrontées aux discriminations salariales et au harcèlement sexuel. Elles sont aussi toujours désavantagées à l’embauche et en cas de grossesse. En même temps, le camp politique bourgeois sape cette loi. Le syndicat Unia demande des instruments efficaces garantissant une véritable égalité et porte le recours contre les pauses toilettes discriminatoires devant l’instance supérieure.

La loi sur l’égalité permet aux travailleuses de contester les discriminations au travail, notamment à l’embauche, sur le salaire, l'attribution des tâches, les conditions de travail, les promotions, la formation continue et en matière de licenciement. Elle oblige les entreprises à effectuer des analyses salariales et à protéger leurs employées contre le harcèlement sexuel. De plus, elle allège le fardeau de la preuve pour les femmes et autorise le recours collectif. 

Égalité des salaires: la mise en œuvre laisse à désirer

L’impact de la loi demeure pourtant limitée. Dans la pratique, les victimes sont confrontées à de sérieux obstacles pour faire valoir leurs droits et les recours salariaux durent longtemps. Aujourd’hui, les entreprises qui constatent des discriminations lors de leurs analyses salariales n’ont guère de sanctions à craindre et ne sont pas contraintes de mettre fin aux inégalités. 

Les petites et moyennes entreprises sont d’ailleurs totalement exemptées de l’obligation d’analyser les salaires. Pas même la moitié des entreprises, qui en auraient pourtant l’obligation, ne suivent les obligations légales à ce jour. C’est un refus de l’égalité. De plus, les analyses d’égalité salariale ne seront plus obligatoires dès 2032. « Au lieu d’obliger les femmes victimes de discriminations à se battre seules pour défendre leurs droits, des règles rigoureuses sont nécessaires pour contraindre les entreprises à garantir l’égalité », martèle Victoria Lange Gómez, spécialiste de l’égalité.

La politique affaiblit la loi au lieu de la renforcer

Plutôt que de combler les failles existantes, le camp bourgeois affaiblit la loi sur l’égalité. Le Conseil des États a récemment décidé que les allocations pour travail par équipes n’auront plus à être prises en compte dans les analyses salariales. La lutte contre les discriminations de ce type n’en devient que plus difficile. Une loi sans contrôles efficaces ni sanctions reste inefficace. Prendre l’égalité au sérieux, c’est sanctionner systématiquement les discriminations et combler les failles dans la protection, souligne Vania Alleva, présidente d’Unia.

Protection insuffisante contre le harcèlement sexuel et les discriminations

La protection contre le harcèlement sexuel est, elle aussi, insuffisante. L’allègement de la charge de la preuve ne s’applique pas en la matière, ce qui impose des obstacles supplémentaires aux victimes dans la défense de leurs droits.

Un récent arrêt du Tribunal fédéral pointe d’ailleurs les faiblesses de la loi: le tribunal régional de Neuchâtel a ainsi statué que les salarié-e-s devaient badger pour se rendre aux toilettes. S’il a reconnu la discrimination spécifique au genre, le tribunal a jugé une compensation de 30 minutes par mois suffisante. 

Unia porte le recours contre les pauses toilettes discriminatoires devant l’instance supérieure

Ce sont des pratiques condamnables: le contrôle des personnes se rendant aux toilettes par enregistrement des temps est une violation de la sphère privée. Les femmes en période menstruelle ou les femmes enceintes y sont particulièrement exposées. C’est pourquoi Unia contestera ce jugement en le portant devant l’instance supérieure. 

Renforcer l’efficacité de la loi sur l’égalité

Pour une vraie égalité, il faut une loi efficace dans la pratique. Cela suppose:

  • Une application et un contrôle systématiques de la loi sur l’égalité
  • Des améliorations contraignantes en cas de discriminations salariales et des sanctions efficaces
  • Des mesures protectrices plus efficaces en cas de harcèlement sexuel et moins d’obstacles pour obtenir justice
  • Une extension de la protection contre les discriminations à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre

L’égalité demande aussi une évolution de la société: rendez-vous le 14 juin 2027

L’égalité n’est pas qu’une simple question de loi. Malgré leur formation, de nombreuses femmes ne gagnent pas suffisamment pour vivre une vie indépendante et décente. Les branches à fortes proportions de femmes restent structurellement sous-évaluées et mal rémunérées. Sans réelle égalité des salaires, l’égalité demeure un vœu pieux. C’est la raison pour laquelle Unia s’oppose actuellement au démantèlement des salaires minimums, qui sont évidemment synonymes d’une meilleure rémunération des femmes, par voie référendaire et participe activement à la grève féministe/grève des soins du 14 juin 2027.