Depuis 2020, les entreprises de plus de cent personnes sont légalement tenues de procéder à une analyse de l’égalité de leurs salaires et d’informer leurs actionnaires et leur personnel des résultats. Elles doivent le faire au minimum une fois tous les quatre ans. Un récent rapport qui a défrayé la chronique a révélé qu’un grand nombre d’employeurs ne respectaient pas la loi, et que celle-ci devait d’urgence être rendue plus efficace. L’impunité des entreprises fautives et l’absence d’obligation de prendre des mesures pour parvenir à l’égalité salariale sont inadmissibles.
«L'exigence d'une égalité entre femmes et hommes a beaucoup de mal à s'imposer en Suisse. Les bonnes volontés ne suffisent pas, il faut des mesures concrètes», souligne l’ancienne Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, qui a pris la parole lors de la conférence. Elle avait joué un rôle décisif pour inclure les analyses salariales dans la Loi fédérale sur l’égalité (LEg).
Dans les entreprises privées en Suisse, les femmes perdent 1453 francs par mois, dont 653 francs de manière inexpliquée – ou dit autrement, par le simple fait d’être des femmes. L’écart salarial «expliqué» entre hommes et femmes, qui repose sur des facteurs socioéconomiques tels que la situation professionnelle, la formation ou la branche, est de 17,5 pour cent.
Il est urgent d’agir pour enfin atteindre le mandat constitutionnel de l’égalité femme-homme datant de 1981.
Des différences de salaire considérables subsistent aussi dans les branches du secteur industriel.
Au lieu de lutter efficacement contre les inégalités salariales, le camp bourgeois et la droite parlementaire s’en prennent à la Loi fédérale sur l’égalité (LEg). La motion du Conseiller national PLR Peter Schilliger, qui sera débattue au sein de la commission d'examen du Conseil des États (CSEC-E), vise à affaiblir et à rendre inutilisables les instruments d’analyse salariale qui sont déjà en soi limités. Ce texte envisage d’exclure les allocations pour travail en équipe de l’analyse salariale dès lors que l’entreprise déclare vaguement qu’elle affecte les allocations et les services de piquet sans distinction de sexe.
Dans sa réponse à la motion, le Conseil fédéral avait en son temps souligné que les allocations pour travail en équipe faisaient partie des composantes pertinentes du salaire et comportaient un important potentiel de discrimination, notamment lorsqu’elles étaient réservées aux employé-e-s à plein temps ou étaient systématiquement fixées à un niveau plus bas dans les métiers typiquement féminins.
Exclure les allocations pour travail en équipe de l’analyse salariale en fausserait le résultat et ne permettrait plus d’obtenir des renseignements fiables sur l’égalité salariale dans l’entreprise. Au pire des cas, le résultat serait ainsi enjolivé par rapport à la réalité.
Les participantes à la conférence des femmes dans l’industrie du syndicat Unia ont adopté une résolution demandant aux membres de la CSEC-E de ne pas donner suite à la motion du PLR Schilliger et de la rejeter.
«Au lieu de gaspiller leur énergie à transformer les analyses salariales en tigre de papier inoffensif, les politiques feraient mieux de l’utiliser pour établir la vraie égalité. L’égalité salariale en fait parti», déclare Corinne Schärer, responsable du secteur de l’industrie à Unia.
Syndicat Unia 2026